« Cette fois-ci, faut vraiment y aller. »
Peksidor venait de parler. Ses mots étaient aussi lourds qu’une sentence. Il faut dire que la situation ne prêtait pas à la rigolade. Il leur fallait quitter la base millénaire de Stonehenge, cet ancestral conclave de généraux et de commandeurs de toutes sortes. Ils se réunissaient là régulièrement, à chaque changement de phase de lune, et décidaient du sort de milliards de personnes en les envoyant ou non à la guerre. Aujourd’hui, c’est eux qui étaient sur des chardons ardents. Presque la totalité de la surface de Guerzzath, la planète où se trouve le bunker Millenium, devait subir une importante opération de terraformation. Après des décennies d’activité industrielle intense, ce morceau de caillou était dans un état lamentable, a tel point qu’il n’était même pas sûr que l’opération suffise à le reviabiliser. Dans tous les cas, Stonehenge devait se trouver une nouvelle base d’opération.
Peksidor était le chef autoproclamé de l’assemblée. A Stonehenge, autoproclamé signifiait « automatiquement proclamé par les autres », ce qui ressemble parfois plus à un châtiment qu’à un honneur. Heureusement, ce statut n’était pas définitif et le groupe allait sans doute bientôt se réunir pour autoproclamer un autre dirigeant. Mais jusque là , Peksidor se devait d’assumer sa charge, ce qu’il faisait d’ailleurs, comme tous ses prédécesseurs.
« - Bon, on doit déménager tous les documents et matériels sensibles rapidement. Qui a une idée ? - Sans problème, je suis déjà sur le coup » déclara Lydhïssa.
Lydhissa avait obtenu le titre de Scribe-monétaire à la dernière autoproclamation. On ne pouvait pas lancer la moindre grenade si elle ne délivrait pas son autorisation. Certains ont essayé de s’en passer, personne ne les a revus depuis. Et personne ne pose de questions, de peur de subir le même sort.
« - J’ai acheté une dizaine de vaisseaux cargos pliables pour tout emporter. Ca devrait suffire, je pense. - Des vaisseaux cargos pliables ?? C’est quoi ça ? »
Benoiaxe venait d’exprimer l’interrogation de toute l’assemblée. Ce commandeur discret engageait peu de combat et s’était spécialisé dans la collecte et le traitement d’informations et le renseignement. Peu de choses se passaient dans les systèmes solaires connus sans qu’il ne soit au courant. Par contre, certaines choses concernant Benoiaxe pouvaient se passer sans que les systèmes solaires connus ne soient au courant. Il manipule l’information à un tel niveau qu’il est capable de détruire ou de créer des légendes. Les rares fous l’ayant provoqué en duel se sont retrouvés victimes de machinations galactiques incroyables qui leur ont fait perdre toute crédibilité, les poussant irrémédiablement à la dépression et/ou à la folie.
« - En fait, ce sont des vaisseaux qui se plient et qui se rangent dans un seul vaisseau cargo. C’est plus pratique pour les ranger après, ca prend moins de place. - Mais on a pas assez de vaisseaux ? Comment ça se fait ? Ils sont passés où les autres ? » demanda Peksidor. - « Ben, reprit Lydhïssa, le problème est pas qu’on a moins de vaisseaux, c’est plutôt qu’on a plus de bordel… Avec tout ce qu’on a accumulé depuis le temps, c’est pas étonnant. Entre les archives de missions, les armes et leurs munitions et surtout les matériaux de réparations pour tous les équipements que vous rendez tous dans un état lamentable, on est plein à craquer. D’ailleurs, ça a un certain coût toutes vos imbécilités. On en reparlera d’ailleurs, et très bientôt… - La vraie question, c’est pas comment on va faire pour déménager, c’est où on va s’installer. Ca me parait plus urgent comme question. »
Cette dernière constatation pleine de sens venait de Jibuse. Cédruse n’avait pas encore parlé, mais il était de toute façon du même avis. Les deux individus n’étaient jamais en désaccord l’un avec l’autre. Il arrivait cependant à cette entité bicéphale de se battre dans des camps opposés, mais cela ne les gênait pas. Une fois l’affrontement terminé, aucune rancœur ne subsiste jamais entre eux. Par contre, lorsqu’ils sont unis sur le même front, leurs ennemis tremblent à l’idée de leurs deux esprits réfléchissant à l’unisson sur la méthode la plus efficace pour que l’on n’entende plus jamais parler d’eux.
« - Ne vous inquiétez pas, peu importe où l’on s’installe, je suis sûr que l’on s’y amusera beaucoup… »
L’archiclésiaste Trapss venait de se joindre à la réunion. L’archiclésiaste était à la fois commandeur et en charge d’inculquer aux jeunes générations les doctrines de vie en société. Il était généralement entouré de sa cour de suivants, les Choisis. Il s’agissait de disciples chez qui l’inculcation avait particulièrement bien réussi. Il continuait d’ailleurs de les inculquer régulièrement. Il est également important de préciser que ce qu’il appelle « s’amuser » est considéré sur 783 planètes comme un délit de 2ème catégorie. Des dizaines d’autres planètes ne comprennent même pas le concept.
« - Si tu permets, on verra plus tard pour ton amusement. » Peksidor sortit la carte d’un quadrant spatial inconnu. « Voici où nous allons, une lune sans nom que peu de gens connaissent. On va s’y installer le temps de voir ce qu’il arrive à notre bonne vieille Guerzzath. On y sera peut-être un peu plus à l’étroit, faudra s’y habituer. - Ca tombe bien, j’aime bien ce qui est étroit… - Bon, Trapps, arrête de penser à ta prochaine inculcation, faut qu’on se concentre. Le grand chambardement aura lieu dans 4 mouvements planétaires, le maximum de membres du conclave doit être présent pour trier le merdier qui se trouve dans nos entrepôts. Prévoyez quand même des armes, j’ai cru voir des containers qui bougeaient tout seul. C’est peut-être les spécimens de créatures qu’on a ramené de nos dernières campagnes de prélèvement, surtout si elles se sont mélangées avec les échantillons bactériologiques que j’ai oubliés là depuis 3 ans… Je me demande bien ce que ça a pu donner, si vous pouviez m’en laisser un vivant, ça serait sympa. » |
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